Passer au contenu principal

EN FR DE IT PT ES

31 kb

Nos évènements

Journée européenne à Liège

09/02/2018     Liège

FÉVRIER 2018 A LIEGE : PRÉVENTION DES PROCESSUS DE RADICALISATION VIOLENTE EN EUROPE : QUELS RÔLES POUR LA MÉDIATION ?

La journée européenne sur le thème : « Prévention des processus de radicalisation violente en Europe :  quels rôles pour la médiation ? » a été organisée par la Haute école de la province de LIEGE en lien avec sa formation de spécialisation en médiation. La Haute Ecole est un des partenaires belges du Projet CREEA : Création d’un espace européen de la médiation pour l’inclusion sociale.

De nombreux acteurs de terrain venus de nombreux horizons de Wallonie et de Bruxelles ont participé à cette journée (entre 60 et 70 personnes), ont échangé leurs expériences et examiné en quoi la médiation pouvait contribuer à la prévention des processus de radicalisation violente. La médiation d’inclusion sociale telle qu’elle est promue dans cet ambitieux projet européen est une philosophie du vivre ensemble, un outil de construction ou de réparation du lien, de prévention de la violence et de gestion des conflits. Ces pratiques se déploient partout en Europe dans les quartiers, les transports publics, les administrations, … et visent à dépasser les différences culturelles, sociales, à prévenir les sentiments d’insécurité. En quoi ces pratiques sont-elles impactées en particulier par les dispositifs qui sont mis en place pour lutter contre le terrorisme et pour sécuriser la population ?

Cette journée a su relever 3 paris :

  • celui de réfléchir collectivement à une question sensible et délicate : celle de la place de la médiation sociale par rapport à ce qui est nommé : la « radicalisation violente » par les institutions ;
  • celui de le faire – non pas par des discours – mais à partir de cas pratiques de Belgique élargis à la lutte contre les discours racistes et xénophobes de l’extrême droite allemande et au cas français de la Ville de Limoges ;
  • et enfin, celui de créer un espace d’échange qui s’affranchit des discours tout faits, pour faire place à des réflexions ancrées dans la confrontation de la théorie à la pratique de terrain en médiation, à travers une discussion ouverte, dans la droite ligne de l’esprit qui préside à l’espace européen de la médiation pour l’inclusion sociale ».

En introduction, E. Baillergeau restitue le résultat d’entretiens auprès de 17 acteurs qu’elle a conduits avec F. Kinet en Belgique pour organiser cette journée. Cet état des lieux fait état des modes d’action des divers acteurs belges qui interviennent dans ce champ.

A partir de cet état des lieux, deux tables rondes successives ont ainsi pu faire partager des expériences, entre autres celles de Molenbeek, Verviers, Magdebourg, Limoges, etc. ou encore conduites par des institutions comme la Maison de Justice de Bruxelles ou l’université de Paix de Namur. Par exemple, une personne du Service de prévention de la commune de Molenbeek-Saint-Jean, qui au sein de la cellule « radicalisme » mobilise la posture de médiation sociale qu’elle a pratiquée dans son ancienne activité auprès des jeunes et des familles. Cette intervention sera complétée par une responsable de la Maison de Justice de Bruxelles et par une collègue de Magdebourg, médiatrice compagnon du Tour d’Europe 2017, qui témoignera de son intervention au sein de l’association « MitEinander“ contre les préjugés racistes qui alimentent l’extrême-droite en Allemagne. Cette médiatrice a montré que la lutte contre le radicalisme ne concerne pas que la sphère religieuse comme c’est principalement le cas en France, Belgique et Royaume-Uni. En effet, en Allemagne, un autre fléau sévit : le radicalisme violent de l’extrême droite. Elle a témoigné de son travail et de ses limites dans un contexte où l’extrême droite n’est que trop présente. Le radicalisme violent se nourrit de la peur voire de la haine de ceux qui sont vus, décrits, voulus comme différents. Il se nourrit aussi des frustrations engendrées par les situations liées au déclin social. Les actes criminels sont ses manifestations les plus effroyables. Mais le radicalisme peut aussi se révéler violent dans des situations plus anodines sans recourir à des atteintes physiques.

69 kb
63 kb

Ces prises de parole convergent sur un point : l’impérieuse nécessité d’un espace d’écoute neutre, bienveillant où les personnes se sentent en confiance pour s’exprimer.

Un point de vue anglais sur la question nous a également été présenté « à distance » par G. Mythen (Université de Liverpool).

La deuxième table-ronde a questionné le positionnement professionnel et éthique de la médiation sociale. Des exemples concrets de Limoges, en France, ont illustré les tentatives d’instrumentalisation de la médiation sociale en France dans l’identification de « personnes à risques », avec toutes les conséquences que l’approximation des grilles proposées peuvent avoir sur les individus. L’université de Paix et une association de Namur ont, de leur côté, transmis leurs principes, méthodes et problèmes soulevé sur cette question.

Les échanges avec la salle sont revenus sur la pertinence du terme de « radicalisation » pour la médiation sociale, sur le rôle qu’elle peut être appelée à jouer sur la détection des « radicalisés potentiels ».

Les participants ont tenté de démonter les processus qui peuvent conduire à de telles situations, dommageables pour tous. Ils ont partagé leurs expériences, leurs réussites, leurs déceptions. Mais l’ensemble des interventions démontre que dans tous les services touchés par ce fléau, des hommes et des femmes réfléchissent, « mouillent leur chemise » pour tenter d’éviter les dérives et, lorsque le processus est enclenché, pour tenter de l’arrêter.

Dans l’ensemble, les présentations ont ainsi permis d’ouvrir un débat entre les participants sur la question aussi cruciale que la posture du médiateur social, pris en étau entre les injonctions institutionnelles et leur proximité avec la population et les jeunes.

D’importantes questions ont été soulevées :

  • comment engager le dialogue dans le cadre d’une médiation avec des personnes dont l’idéologie est basée sur le rejet de l’autre ?
  • Comment éviter la stigmatisation de personnes dont la pratique religieuse, paisible et respectueuse de l’autre, est assimilée à celle des terroristes criminels qui disent agir en son nom ?
  • la médiation pour l’inclusion sociale doit-elle reprendre le terme de « radicalisation » ?

D’autre part, les intervenants sociaux participants ont exprimé leur malaise dans un contexte de suspicion généralisée vis-à-vis de certains profils définis de manière arbitraire.  On a cité le cas d’une personne indûment « signalée » sur base de quelques éléments superficiels qui s’est vue écartée de son emploi et « fichée » injustement. Ses candidatures à d’autres emplois n’ont plus jamais reçu de réponse. Malaise aussi devant l’obligation d’appliquer des mesures contre le terrorisme décidées au niveau national dans des entités territoriales non concernées par ce fléau. Le risque est grand en effet d’induire de créer des problèmes de coexistence là où il n’y en avait pas.

En fin de journée, la synthèse proposée a eu pour objet de faire ressortir les points en discussion. Elle sera l’objet de l’ouverture d’un débat. Il s’agit, en effet, de la définition d’une position et d’une posture propres à la médiation sociale par rapport aux attentes et demandes des institutions de prévention, de justice et de répression, ainsi que par rapport aux autres intervenants et acteurs dans le domaine.

Un dossier va être constitué pour rendre compte de cette journée. Et un débat va être prochainement lancé par notre Site, dans la rubrique « Débats » dans les prochains mois. Le positionnement de la médiation sociale de la prévention des processus de radicalisation violente représente, en effet, un enjeu stratégique dans la construction de l’autonomie et de l’identité de la médiation sociale.

Passer au contenu principal

Quel(s) cookie(s) acceptez-vous lors de votre navigation ?